Pensées d'un Forge-Rêves

Sois le bienvenu, étranger, dans mon humble demeure, le sombre refuge de mes pensées secrètes. Erre sur mon territoire et réfléchis...

lundi 21 avril 2008

Les chevaliers du Phénix

      Bon, pour la petite explication concernant ce texte... Ce dernier a été réalisé en 2005 pour une alliance sur un jeu de rôle en ligne nommé Bahagon. Je l'ai retrouvé il y a peu et l'ai un peu... révisé. Bonne lecture !

      La nuit. Une nuit sombre, sans lune ni étoiles pour nous éclairer dans la noirceur impénétrable. Cette obscurité nous oppressait, nous donnait des sueurs froides, nous faisait frissonner. Elle nous terrifiait. Malgré cela, nous nous levâmes et commençâmes à marcher prudemment. Qui sommes-nous ? Aucune idée, seulement de l’obscurité. Nous avons marché, aveugles, à tâtons dans les ténèbres, nos muscles encore douloureux. Nous eûmes bientôt conscience que nous n’étions plus seuls. Du coin de l’œil, nous vîmes apparaître de petites nimbes plus noires encore que les ténèbres qui nous entouraient. Difformes, ces êtres marchaient eux aussi sur deux jambes mais de façon étrange, titubant et tendant vers nous leurs bras griffus pour nous offrir une mortelle étreinte. Certains d’entre nous tombèrent mais nous ne pouvions pas les aider : la terreur nous tenait et nous étions désarmés. Nous perçûmes alors une sensation étrange, comme si notre esprit se rebellait contre notre marche irrépressible et nous disait de nous arrêter pour nous reposer à jamais, pour cesser notre lutte contre une mort certaine. Mais notre instinct de survie avait pris possession de notre corps et le faisait avancer de manière incertaine, nous faisant trébucher parfois contre des obstacles invisibles mais luttant pour que nous restions debout. Pour ne pas mourir. 

      Une lumière jaillit du sol, s'élève dans les airs jusqu’à se fondre dans les nuages, révélant le paysage de désolation qui nous entoure, le sol nu, complètement calciné, recouvert d’une fine pellicule de poussière grise. Puis, brisant la grise harmonie céleste, un oiseau de feu d'une splendeur inouïe descend vers le sol. Certains hommes s’enfuient, d’autres meurent foudroyés devant les flammes du Phénix mais quelques-uns d'entre nous restent debout, vivants et vaillants. Le feu jaillit de la gueule de la créature, nous entoure, nous purifie, consume nos chairs, noircit nos os et ronge nos organes mais nous, hommes et femmes de toutes races, restons là, immobiles, subissant sans broncher sa morsure sacrée. Après la purification par le brasier vient la bénédiction ondine. Le Phénix déverse ses larmes sur nous, torrent glacé nous submergeant, nous rendant nos corps physiques et la lumière.

      Ils parcourront les terres balayées par l’apocalypse puis revenues à la vie, ils recruteront d’autres seigneurs égarés dans leurs remords ou l’obscurité, ils leur rendront la vue et le sens de la justice, ils leur donneront l'insigne du Phénix représenté par une flamme consumant un crâne, ils les aideront quand ils seront menacés par les spectres de la guerre, ils les guideront dans l’entrelacs des champs de bataille. Ils seront forts et braves, grands stratèges et Forge-Rêves, sculpteurs d’illusions et illustres combattants, maîtres de leurs peurs et de leurs pensées assassines, ils chercheront les points faibles de leurs adversaires pour remporter conflits rhétoriques et campagnes militaires. Ils seront ses Chevaliers, armés de lames et de lances enflammées, fiers guerriers protecteurs de leurs contrées et de celui qui les a animés et ressuscités : le Phénix.

(© Forge-Rêves, 2005, révisé en 2008.)

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samedi 12 avril 2008

Cheveux blancs

Allez hop, j’me lance… Voilà le premier chapitre de ce que j’espère pouvoir appeler plus tard « mon roman ». Bonne lecture !

Un tourbillon. Puis, du noir. Rien que du noir, un beau noir bien sombre. Oh non ! Va-t’en lumière ! Ce noir était si beau que je serais bien resté dedans pendant des heures, immergé comme dans un fleuve sans remous. Elle ne veut pas partir. En même temps, elle est très faible cette lumière, c’est en réalité une tache de gris. Je devrais peut-être la laisser rester là pour qu’elle se repose un peu afin qu’elle s’envole plus tard vers d’autres horizons, quand elle aura repris des forces.

Mince, il pleut. Je ne sais même pas où je suis mais cette gentille lumière éclaire un peu mon univers. Je suis près d’un arbre, un grand arbre gris. Ses feuilles sont un peu flétries mais cet arbre reste magnifique. J’ai l’impression de l’avoir déjà vu. Je ne sais pas quand, mais je suis déjà venu ici. J’observe l’arbre d’un peu plus près. Deux mains se posent sur l’écorce. A qui sont-elles ? Elles sont reliées à mon corps par des bras, ces mains. Mes mains. Elles sont recouvertes de terre mouillée. C’est quoi le nom déjà ? De la boue. Oui, c’est comme ça que l’on appelle la terre gorgée d’eau. Je vois une tache rouge sur l’arbre et je sens aussi un liquide chaud couler sur mon visage. Je le touche. C’est bien rouge et liquide. Du sang, qui dégouline lentement de mon front.

Je reprends mes esprits. Je ne me rappelle de rien. Ah ! Si, ça me revient. J’étais sur la place du marché. Il faisait presque nuit mais le soleil tardait à se coucher. J’aime beaucoup le marché, ces odeurs, ces choses qui brillent, et même quand ça ne brille pas, c’est très beau à voir. J’aime observer, toucher, caresser ces objets. Maintenant je les connais tous. Ce que je préfère, c’est l’étal du marchand de voitures. Ce qui me fascine, c’est qu’elles roulent, vroum vroum, c’est marrant. Mais quand le marchand me voit, il me fait les gros yeux et je repose vite le jouet. Dès qu’il tourne le dos, je le reprends. Attention ! Je ne vole jamais les voitures ! C’est mal. Ma maman m’a dit de ne jamais voler parce qu’après il y a un bonhomme avec un bâton et un drôle de chapeau, un képi, qu’elle dit, qui te prend par les cheveux et qui t’emmène dans une pièce avec des barreaux en métal. On ne peut pas sortir. Une prison. Et le monsieur, ma mère m’a dit que c’était un policier.

En tout cas, je ne me suis jamais fait repérer. Mais ce soir là j’en ai vu un. Enfin... Lui, il n’avait pas de bâton. Juste un grand manteau de cuir et des bottes noires. J’étais en train de jouer avec une voiture, une belle voiture rouge. Quand j’ai vu que l’homme me regardait, j’ai vite remis la voiture sur l’étal. Il marchait vers moi. J’avais peur. Mais il continuait d’avancer. Je reculais. Après quelques pas, il commença à courir. Alors, je me suis retourné et j’ai couru moi aussi. J’ai de la chance, je connais très bien la ville. C’est elle qui m’a élevé en fait. Mon père n’était jamais là et quand il rentrait à la maison, il ne me parlait jamais. Je pense que c’est parce que mes cheveux sont blancs. C’est bizarre quand même parce que les cheveux des garçons de mon âge sont noirs ou marrons. J’en ai même vu un, un jour, qui avait des cheveux jaunes. Mais personne n’avait l’air surpris en le regardant, lui. Ma mère, elle, était toujours en train de faire à manger ou le ménage. Mon père trouvait ça normal et il l’obligeait à faire ces tâches. L’homme continuait sa course. Moi aussi. Je zigzaguais dans les rues en espérant qu’il arrête de me suivre. Mais il était toujours derrière moi. Je courais de plus en plus vite. Il me suivait toujours et en plus il gagnait du terrain. Il allait plus vite que moi ! C’est normal aussi, les grandes personnes ont des jambes beaucoup plus grandes que les petits garçons. En plus, il pleuvait. Et comme j’ai les jambes plutôt courtes, je pataugeais dans l’eau comme un chien dans une rivière peu profonde. Je sortais de la ville, continuant ma course. J’allais rejoindre la plage, là où est la maison de mes parents. Je regardais derrière moi puis, tout à coup, du noir.

Je m’étais cogné à un arbre. Voilà donc où j’en suis. J’essaie de fuir cet homme. Je regarde autour de moi mais je ne le vois pas. Alors me voilà, assis dans la boue. C’est bizarre mais j’ai l’impression d’avoir déjà vécu ça. Peut-être parce que c’est un cauchemar. Si c’en était un, je m’en souviendrais et je saurais comment il se termine. Mais voilà, je n’arrive pas à me rappeler. Mince, revoilà l’homme. Il n’a même pas l’air fatigué. Je dois me lever. Mes jambes ne bougent pas. Enfin si, elles bougent mais c’est parce que je tremble de peur. L’homme marche maintenant. Moi, je ne peux pas. Je dois mobiliser ma volonté. Mon professeur de combat me dit toujours ça : « Quand ton corps ne veut pas faire quelque chose, tu dois te rebeller. Tu dois mobiliser ta volonté, parce que tu as la foi, tu as foi en toi. Si tu sais et que tu persuades ton corps de faire quelque chose, il le fera. C’est ça la vie : une lutte constante entre le corps et l’esprit. ». Mais cette fois, ça ne marche pas. La peur sûrement. L’homme est devant moi maintenant. Il s’agenouille, repousse mes cheveux collés par la pluie avec un doigt et sort un mouchoir. Il essuie le sang qui coule toujours sur mon front. Puis, il range son mouchoir et sort un couteau. Au moment où il le dirige vers mon visage, la fureur m’envahit, une fureur comme je n’en ai jamais éprouvée auparavant. Je prends son bras de mes mains, de mes toutes petites mains, comparées à ce bras énorme et je lui fais une clé, celle que mon professeur préfère. Je retourne son bras et je mets un coup sec sur son coude. J’entends un craquement et un cri. Ce cri me perce les tympans. Une nouvelle certitude dans mon esprit : mon corps est prêt à m’obéir. Sous la pluie toujours battante, je me relève, laisse l’homme là et je cours de nouveau. Derrière moi, je l’entends se relever lui aussi, gémissant de douleur. Ca y est, il court. Pendant quelques minutes, la poursuite se résume à ça : un petit garçon louvoyant entre les arbres et un grand homme trébuchant dans la boue, le tout sous une pluie cinglant leurs visages tordus de douleur. Je cours toujours mais j’entends aussi le bruit des pas rapides et lourds de l’homme derrière moi, qui se rapproche. J’ai l’impression de sentir son souffle rauque sur mon cou. Je cours plus vite, fonçant droit devant moi. J’arrive à la falaise. Ma mère m’a toujours dit de ne jamais y aller parce que je pourrais tomber. J’arrive tout en haut, au bord du vide. Je ne vois plus l’homme. Je tombe sur le sol. Je crois voir des étoiles, des lueurs jaunes qui tournent autour de moi, tant je suis épuisé. Puis, une botte au loin. Une deuxième. Tournant mon visage collé à la boue, je vois l’inconnu à quelques dizaines de mètres de là. Je me relève d’un bond. Parfait, mon corps m’obéit.

« Tu ne m’auras pas. Personne ne m’aura jamais parce que si tu t’approches, je saute dans le vide. »

Je regarde en bas. Environ vingt mètres sous mes pieds, la mer tente d’écraser les rochers sous ses vagues houleuses. Elle sait bien qu’elle n’y arrivera jamais, pourtant, elle s’obstine.

« Elle est aussi têtue que moi. Elle veut vaincre mais elle sait qu’elle n’y arrivera pas. Mais je ne suis pas comme cette mer. Moi, je vaincrais. Si tu avances, l’inconnu, je saute. »

Il continue à avancer. Lentement. Je recule. Mes talons sont dans le vide et j’entends de petits cailloux heurter la falaise. Il continue à avancer. Il est tout près maintenant. Il tend la main pour attraper ma chemise. Je ferme les yeux et me prépare à me jeter en arrière. Ca y est, il me tient. J’essaie de tomber, je veux tomber, mais je n’y arrive pas. J’entends une masse rouler contre la falaise, se cogner contre la roche. On me tient toujours. Je décolle du sol. J’ouvre les yeux. Je ne vois qu’une épaule, une épaule couverte par un manteau marron élimé. Je repousse ce nouvel homme qui me comprime le ventre. De toutes mes forces. Puis, les bras se tendent. Je suis au-dessus de l’inconnu. Je reconnais ces cheveux noirs bordés de gris, ces yeux d’un bleu sombre. Il me regarde et dit seulement ces mots : « C’est moi. ». Soulagé, je m’endors aussitôt dans les bras de mon père.

2008, Forge-Rêves)

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samedi 5 avril 2008

Vie

      Mon regard est penché vers le sol, comme lesté d’un poids trop lourd pour mon corps si frêle. En dessous de moi, une surface plane, grise, couverte de poussière. Une route. Cette route, elle s’étire dans le lointain, si bien que je ne peux en voir la fin. Car je n’en suis qu’au tout début de ma vie et je sais qu’il me reste beaucoup de chemin à parcourir avant que mon histoire ne se termine. Mais je n’ai plus envie  de me plier à ces règles qui me forcent à marcher en silence, comme une bête sans conscience. Le courage a disparu de mon monde…

      Le poids de mon regard s’amoindrit et j’aperçois d’autres personnes flottant comme moi au-dessus de ce sentier. Certains sont en avance sur moi, d’autres traînent en arrière... Mais tous ont le regard fixé sur la ligne d’arrivée. Pourquoi tous ces gens sont-ils si pressés ? Pourquoi ne s’arrêtent-ils pas de temps en temps pour reprendre leur souffle, pour observer ce qui les entoure ? Parce qu’ils sont aveugles. Ils ne cherchent pas à comprendre pourquoi ils sont là, ils veulent juste tenir jusqu’à la fin. Je m’arrête, brisant la fragile harmonie de la course. Les regards des autres ont disparu de mon monde…

      Je lève les yeux, les chaînes de mes doutes enfin détruites. Peu importe de comprendre, il suffit de vivre. Et de rêver. Dans le ciel, aucun nuage ne m’offre l’occasion de me distraire. Pourtant, j’aimais à essayer de déchiffrer ce que voulaient me dire les nuages. Parfois, ils avaient une forme étrange, qui me faisait penser à un oiseau ou à un serpent, ou encore à une autre créature ou objet issu de mon imagination. Je m’allonge sur le sol, seulement désireux de rester là et de me reposer en paix. Le rêve a disparu de mon monde…

      Il ne me reste plus rien, sinon la solitude et mes sombres pensées pour me tenir compagnie. Les yeux fermés, je tente mentalement d’arrêter ce mouvement perpétuel de la vie, je veux refaire le monde pour que tous les gens s’aiment enfin et arrêtent de penser à leurs petits plaisirs personnels et solitaires mais je ne sais pas comment faire… Alors je plonge lentement dans l’obscurité et peu à peu, je ne pense plus à rien, je me laisse bercer par les pas des autres, qui poursuivent leur chemin, ignorants. Quand je sens un contact contre mon épaule, mes yeux s’ouvrent d’eux-mêmes. Devant moi, une jeune femme me tend la main pour m’aider à me relever. Souriant, je la prends et recommence à marcher. Mais quelque chose a changé : tous les deux, main dans la main, nous arpentons ce monde, contemplant le paysage autour de nous. Soudain, je comprends : l’espoir n’a jamais quitté mon monde…

(©, Forge-Rêves)

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