Bon, tout d'abord je tenais à vous présenter mes excuses pour cette absence prolongée, pour cause de voyages (au pluriel) et de travail (au singulier mais tout de même prenant). Bref, je vous envoie ce texte, totalement différent de l'Introspection malgré un titre proche. En espérant qu'il vous plaise... Bonne lecture !

Au bord du vide. Fin d’un monde. De mon monde. Les yeux fermés, le gouffre me tend les bras, une boule se forme dans mon ventre. Un vent chaud se glisse contre ma joue, caresse mes cheveux, frôle mes épaules. Les entrailles de la terre elle-même me décrivent des plaisirs qui m’étaient jusque-là interdits. Elle me promet mille choses plus délicieuses les unes que les autres, ébranlant ma volonté. Elle veut m’attirer contre elle, en son giron qu’elle annonce si chaud, si accueillant. Ces mots qu’elle me susurre à l’oreille me paralysent et m’appâtent. Imagination. Autour de moi, j’essaie de percevoir un paysage de plaines, le chant des oiseaux, l’odeur de la nature, le goût de fruits exotiques. Cet univers me capture et m’envahit, m’immerge dans un kaléidoscope d’images se télescopant, en  une explosion de nuances et d’effluences. Je m’enfonce dans cette vision mais elle me rattrape. Réalité.

Au bord du vide. Fin d’un monde. De mon monde. La roche qui m’entoure se creuse pour former ce gouffre dont le fond échappe à mon entendement. Tout n’est que profondeur. Cet endroit n’est que terreur et il s’empare de moi. Mon cœur accélère sa cadence. Mon corps se réchauffe et se met à vibrer, lentement d’abord puis frénétiquement. Le noir prend place autour de moi mais mes mains sont inutiles à le repousser. Je lève les bras pour combattre mais mon équilibre précaire m’empêche de terminer mon geste. Brûlure. Un jet noir, acide, sort de ma bouche et sombre dans le vide. Ma gorge est enflammée par la bile et ma respiration se fait sifflante. La mort serait ma seule libération mais elle me laisse là, enchaîné par la peur, le vertige, qui m’empêche de faire le pas qui pourrait me sauver. Elle me retient là, les yeux écarquillés, le souffle court, les oreilles bourdonnantes, les mains frémissantes. Chute.

Au bord du vide. Fin d’un monde. De mon monde. Le souffle chaud se retourne contre moi et me montre son véritable visage. Un vent glaçant, uniquement motivé par la perspective de me voir mourir, par l’envie de posséder mon corps et mon âme pour lui seul. Les rochers noirs qui me percutent m’annoncent une infinité de choses horribles. J’exhorte désespérément mes mains de les rosser pour les faire taire mais elles ne peuvent les atteindre, paralysées par un liquide poisseux. J’ai l’impression de voler mais je ne peux contrôler ma trajectoire, ballotté à tout-va par les courants d’air qui ne me laissent aucun répit, aucune chance d’échapper à mon sort. La terreur me fait vomir à nouveau mais rien ne sort plus de ma bouche enflammée. Avec un soupir de soulagement, le sol se profile devant moi. Les voix s’arrêtent brusquement. Douleur. Mort.

(© Forge-Rêves, 2008)