Blah ! Bon, un petit texte que j'ai écrit y a un mois... Personnellement je ne le trouve pas terrible mais je le partage quand même. Bonne lecture !

 

Si l'on devait dédier un temple à la consommation et à la luxure, nous n'aurions pas vraiment à y réfléchir longtemps. Quel serait le nom de ce genre de divinité ? Nous pourrions chercher longtemps une appellation découlant de langues anciennes, vieilles comme l'humanité elle-même mais ce serait là un exercice des plus fastidieux et soporifiques. Mais puisque ce n'est pas là le but de ce modeste essai, nous utiliserons le nom Andyka, pour un confort certain.

Dans cette société qui est la notre, au XXIe siècle, il existe des temples qui lui sont dédiés. Et comme pour tout lieu de culte, il est essentiel qu'il se situe dans chaque ville qui ait un tant soit peu d'importance. Il y a fort à parier que vous en avez déjà visité au moins un dans votre vie, d'ailleurs. Vous ne voyez pas de quoi je veux parler ? Je vois. Laissez-moi vous en faire une description sommaire.

On y entre par de grandes portes, en verre ou non, qui s'ouvrent d'elles-mêmes lorsqu'on se place devant. Cela n'est pas impressionnant au regard de notre technologie qui est si développée, me direz-vous. Mais une fois franchies... on tombe sur un lieu d'une beauté non pas infinie – le mot serait trop fort – mais... bien humaine. Tout y est blanc. Carrelage ou simple dallage plastifié, de longues avenues immaculées s'étalent devant nous. Puis vous reniflez et vous sentez une étrange odeur envahir vos narines. Celle du pain chaud ! Un sentiment agréable vous envahit mais vous venez seulement d'entrer, il n'est pas encore temps de prier. Et que dire de l'éclairage ! Tout est mis en valeur grâce à de grands néons qui surplombent le tout, jetant une lumière crue sur le lieu de culte de notre cher Andyka. Le décor est planté, commence alors un voyage exotique où tous nos rêves sont à portée de main.

Chaque rue porte un nom, affiché par des plaques en plastique, calligraphiées de façon plus que nette. Originalité – s'il y en a une -, chaque nom correspond à ce que l'on peut trouver dans ladite rue : Condiments, Para-pharmacie, Alcools, etc... Toutes ces rues ont une longueur identique, de même pour la largeur. Seule l'avenue centrale est légèrement plus importante que les autres. C'est également la seule qui ne possède pas de nom. D'un point de vue géographique, cette disposition des rues serait dite « soviétique ». Une seule grande avenue d'où partent de façon régulière des rues plus étroites. Mais peu importent les noms avons-nous dit, entrons maintenant dans l'une de ces dernières.

En fait, ce temple est également un hommage à la géométrie. Chaque élément est présent à sa juste place, au bord de l'étal qui lui est assigné. C'est comme si chacun des éléments présent dans les grandes étagères était comme une pierre taillée à la perfection pour le mur auquel il est assigné. Ces étagères sont tellement bien rangées qu'on éprouve du plaisir à en ôter quelque chose. Le plaisir de détruire ce qu'une personne a mis quelques secondes à créer. Et détruire plus vite qu'il n'a été bâti. Une sorte de jouissance naît de ce geste et l'adepte en ressort assurément grandi. On éprouve également une avidité dévorante : tout ce que l'on souhaite, on peut se le procurer ici. Alors on prend le fruit de notre désir et on le dépose dans une sorte de cage pourvue de roues, que l'on pousse devant soi. Parfois même, une certaine fièvre s'empare de nous, une frénésie qui nous pousse à prendre des choses dont nous n'avons nul besoin. Et pour renforcer tout cela, les prêtres aiment à changer la disposition des rues et produits pour désorienter le voyageur et le forcer ainsi à visiter à nouveau tous les étals pour trouver ce qu'il cherche. Tout cela exacerbe la folie de ceux qui s'aventurent en ce lieu saint et les force à toujours y revenir. Car tel est le pouvoir de la luxure.

Bien entendu, rien de tout cela n'est gratuit, bien au contraire. Il faut donc passer par une minuscule ruelle où une charmante hôtesse attend votre bon vouloir. La cage que vous avez précédemment remplie doit être vidée de vos futurs biens pour garnir un tapis dont le noir jure avec le reste du temple. Chacun de vos produits est contrôlé par l'hôtesse, un étrange son retentissant lorsqu'elle le valide. Une fois tous vos biens approuvés par la prêtresse, il ne vous reste plus qu'à quitter ce temple pour regagner vos pénates, sans un seul regard en arrière. Car ce culte, tous le pratiquent sans en connaître la véritable nature, restant dans une ignorance crâne face à la débauche qu'il entraîne.

Vous faites également partie de ce culte. Vous avez très certainement dans vos poches ces bouts de métal ronds ou ces morceaux de papier colorés, voire même une carte avec un crédit plus ou moins limité... C'est ainsi que l'on reconnaît les adorateurs d'Andyka. Et plus vous avez de ces signes distinctifs, plus on vous regarde et respecte. Toute notre société s'articule autour de ce temple, selon si vous pouvez acheter plus ou moins de choses, peu importe si elles vous sont utiles ou non. La luxure et l'avarice sont les deux moteurs de notre société. Cependant, si certains ont tout, d'autres n'ont rien. Lorsque vous n'avez aucun rond de métal, vous êtes sale et repoussant, tellement ignoble que personne ne vous regarde plus. Les gens vous méprisent alors que vous avez certainement plus de courage que ceux qui dirigent une entreprise ou donnent des ordres à des ouvriers terrorisés à l'idée de vous ressembler un jour. Votre apparence vous rend repoussant alors que ce n'est pas cela seulement qui fait un homme...

Telle est la loi d'Andyka : visitez son temple et vous serez aimé. Si vous ne pouvez y entrer... vous serez maudits, repoussés hors de la société. Et vous pourrez crever que personne ne se souciera de vous.

(© Forge-Rêves, 2010)